Toi, lecteur fidèle parmi les fidèles, qui attendait depuis le 22 janvier, fébrile, la conclusion de ce teasing pas très subtilement placé à la fin de ma chronique sur Dead Can Dance, je ne t'ai pas oublié.
Mais vois-tu, la chronologie, parfois c'est long. Le 22 janvier nous étions en 1994, rappelle-toi ! Et en ce début de mois de juillet, nous sommes en août 1997. Il fait beau dans le Nord - ce détail est primordial pour le reste de ce billet, et je resterai dans ma bonne vieille ville de Comines durant cet été de vacances.
Des vacances qui méritent un billet, parce qu'elles restent inoubliables.
D'une simplicité déconcertante, mais inoubliables.
Et irrémédiablement associées à Dead Can Dance, et notamment à ce dernier excellent album : Spiritchaser.
Un titre qui synthétise parfaitement ce que j'ai fait pendant ces vacances : ciseler mon esprit.
Oh, je ne vais pas te parler d'expériences chamaniques ou de divagations psychotropes. Point de Near Death Experience, ni d'escapade new age.
Non, rien de ces substituts. J'ai touché cet été-là à l'essentiel : les pieds nus dans l'herbe verte, un calme juste balancé par les sonorités apaisantes de Dead Can Dance, quatre amis réunis autour d'une table sur laquelle trône un jeu. Le bonheur.
Donc cet été-là, point de vacances lointaines parce que nous sommes pauvres. Nous, c'est les deux Steph, Romu et moi. Et d'autres zouaves de la bande, mais ce mois d'août, je pense qu'il ne se passa un jour sans que nous ne nous retrouvions tous les quatre dans le jardin de ma mère.
Pauvres donc. Au point qu'avec les deux Steph nous nous étions partagés l'achat des albums de Dead Can Dance que nous n'avions pas encore. Un chacun, et ils tournèrent de main en main. Et ils tournèrent aussi beaucoup sur le poste que j'avais descendu dans la salle à manger afin de pouvoir le poser sur le châssis de la baie vitrée. Je pense que l'on a écouté Dead Can Dance de 14 heures à pas d'heure tous les jours de ce mois d'août, ou presque.
Durant ce même temps que nous ne sentions pas passer, nous étions à l'ombre des peupliers du voisin assis autour de la table de jardin, les pieds nus pour certains, peut-être pour tous. En tout cas pour moi. Les pieds nus dans l'herbe verte, c'est divin.
Et nous jouions.
Inlassablement, nous jouions aux dames chinoises. C'aurait certainement pu être n'importe quel autre jeu, parce que nous étions très joueurs - je le suis toujours, et j'espère que mes amis aussi ! Mais ça a été les dames chinoises durant un nombre incalculable de parties. Nous ne parlions que très peu (par rapport à d'habitude), nous ne nous levions que très peu. Parfois un autre zouave venait nous rendre visite, et il devait savoir qu'il nous trouverait dans le jardin, autour de la table, à jouer aux dames chinoises. Alors nous faisions une pause, nous discutions, puis nous reprenions. C'était totalement intemporel. Dead Can Dance participait évidemment de cette intemporalité.
Ce mois d'août 1997 a je pense scellé une amitié qui dura longtemps, dont les fils s'étiolèrent bien plus tard pour toutes les mauvaises raisons du monde, mais dont les braises ne demandent qu'à être ravivées, je le sens, je le sais.
Je parlais en introduction de vacances qui ont ciselé mon esprit. Ce n'était pas anodin.
Ces vacances simples m'ont marqué plus que toute autre. Mis à part les vacances de l'an passé, avec ma chérie et notre loulou, dans cette roulotte sans eau, sans électricité, perdue. Des vacances simples, encore. Où l'on se rend compte de ce qui est essentiel : les proches. Et de ce qui est superflu : le reste.
Peut-être qu'elle prend sa source là, ma critique de la société de consommation...
Steph, Nat, on vous attend en août (la troisième semaine serait parfaite !). Les dames chinoises sont dans mon coffre. Et on se vautrera dans le luxe : il y aura du rosé !

Photo : Fred Javelaud