Sweet Smoke - Baby Night - (1970)
Les années 70. Toute mon enfance...
Les années 70, c'est l'arrachement à la terre stéphanoise natale, mon père (VRP, représentant de commerce, technico-commercial, comme vous voulez) ayant été muté dans le sud-est, région dont je ne devais plus bouger. Les années 70, c'est la maternelle et l'école primaire dans un petit village provençal, en pantalons pat' d'éph' en velours cotelé et pulls à col roulé en matière synthétique qui te font de l'électricité statique partout dans les cheveux quand tu les retires. C'est le camping en été. C'est les goûters devant la téloche et le rendez-vous quotidien avec un dinosaure orange sur une île réservée aux enfants (enfin moi, je le voyais en noir et blanc jusqu'en 1981, année où nous achetâmes une télé couleur, très design, montée sur un unique pied central évasé et s'allumant en ouvrant un compartiment situé sur sa tête, dans lequel était discrètement dissimulé une télécommande à infrarouge. Couleur + télécommande = révolution domestique !)
Musicalement, ce n'est pas grand-chose. La bande FM n'existe pas encore et, quand elle éclot, elle est pirate. Déjà que dans le trou paumé où on était on ne pouvait rien capter à part RMC en grandes ondes, je vous raconte pas. Du coup, mes parents écoutaient Radio Monte-Carlo. RMC, à l'époque, c'est une radio périphérique comme les autres. Enfin comme les deux autres disponibles, Europe 1 et RTL. Sauf que celles-là, ainsi que France Inter, on ne pouvait pas les capter.
Il y passe de la musique. Variétoche, populaire, mainstream. Il y a un hit-parade. Ça plus les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier à la télé et vous aurez un aperçu de ce qu'était mon univers musical à cette époque. Du coup, je connais tous les tubes de variété française de la seconde partie des 70's, ainsi que les tubes disco qui inondaient la radio et la télé. Ma première vraie K7 magnétique, au tournant des 80's, comprenait, sur la face A, une compil' de singles du groupe ABBA et, sur la face B, un greatest hits de Boney M. Je l'ai usée jusqu'à la corde !
J'avais quand même quelques 45 tours, que je jouais d'abord sur un mange-disque en plastique de couleur vert pomme, puis sur un vieux pick-up des années 60 que mon père nous avait refilé, à mon frère, ma soeur et moi, après s'être acheté une chaîne hi-fi à peu près digne de ce nom. On y passait quelques vieux disques des années 60 en fin de course, genre un groupe instrumental qui s'appelait Les Fingers, que j'adorais, ou quelques 45 tours récemment achetés, comme le générique de Goldorak par Noam, le Born to be Alive de Patrick Hernandez, Ça plane pour moi de Plastic Bertrand ou En chantant de Michel Sardou... La belle époque quoi...
De son côté, mon père s'achetait parfois quelques 33 tours et essayait de se constituer une petite discothèque (qui ne dépassera jamais les 100 titres) de choses qu'il aimait écouter. C'était assez éclectique et, inconsciemment, ce côté éclectique a dû me marquer...
En vrac, on y trouvait :
- de la chanson française dite "à textes" : Brassens surtout, qu'il adorait, mais aussi un peu de Léo Ferré, de Jacques Brel, de Jean Ferrat, de Pierre Perret, de Pierre Vassiliu, d'Edith Piaf...
- de la "variété" française : Johnny Hallyday et Michel Sardou surtout, mais aussi du Serge Lama, du Mort Schuman, du Demis Roussos, du Marie Laforêt...
- du rock de base : The Rolling Stones, The Police, Santana...
- du Jean-Michel Jarre : Oxygène et Equinoxe. Et du Saint-Preux : Le piano sous la mer.
- du jazz : essentiellement Sydney Bechet
- de la musique classique : Mozart et Beethoven en majorité, un peu de Tchaïkovsky, de Prokoviev ou de Stravinsky par-ci par là...
Et surtout, surtout, un album qui deviendra mon album culte pendant des années : Just a Poke, par Sweet Smoke.
Il passait de temps en temps, mais régulièrement, tous ces disques et, forcément, je m'en imprégnais un peu. Je n'aimais pas Brassens parce que sa musique me faisait chier. Or, je suis d'abord sensible à la musique. Il m'arrive de m'intéresser parfois aux paroles, mais seulement quand la musique m'a accroché d'abord. Mais j'aimais bien Léo Ferré, Sardou et Hallyday (ça calme hein ?). Le jazz et le classique me faisaient chier aussi (à part L'oiseau de feu d'Igor Stravinsky, qui me parlait à fond), mais Le piano sous la mer de Saint-Preux me mettait en extase (un mélange d'orchestre classique et de groupe de rock du plus bel effet) et les deux premiers albums de Jean-Michel Jarre faisaient ma joie.
On peut donc en déduire que, dès avant 10 ans, mon penchant naturel m'entraînait vers des morceaux-fleuves, en majorité instrumentaux, de tendance planante et progressive, propres à alimenter la rêverie. Je suis un grand rêveur devant l'éternel...
Et donc, de loin, mon disque péféré était Just a Poke. Un 33 tours dont la pochette psychédélique me ravissait. Deux titres seulement. Un titre-fleuve par face : Baby Night en face A et Silly Sally en face B. Environ 16 minutes 30 chacun. J'ai demandé plein de fois à mon père de le mettre sur la platine quand il ne le mettait pas de lui même.
Sweet Smoke, c'est un groupe new-yorkais, issu de la nébuleuse communautaire hippie américaine, composé de :
Marvin Kaminovitz à la guitare solo et au chant.
Steve Rosentein à la guitare rythmique et au chant.
Andy Dershin à la basse.
Jay Dorfman à la batterie et aux percussions.
Michael Paris aux instruments à vent.
Just a Poke, c'est de la musique de drogués, tendance hippies-babas cool. Un subtil mélange de rock progressif, de rock psychédélique, de classic rock, de pop et de jazz.
J'aime les deux faces mais Baby Night reste mon morceau préféré, à cause de son homogénéité, de l'absence de solo de batterie aérienne (qui caratérise le morceau Silly Sally de la face B), de la présence magnifique d'une flûte inspirée, des petits bouts de The Soft Parade subtilement intégrés à l'ensemble (à l'époque, je ne connaissais pas encore les Doors et je croyais que le passage "soft parade" était une création originale de Sweet Smoke). Le groupe n'ayant pas de succès aux USA, ils allèrent enregistrer leur album en Allemagne pour EMI (oui, le légendaire label de Pink Floyd et des Beatles ! Comme quoi, avant même d'y connaître quoi que ce soit à la musique, mon cerveau et mon coeur avaient déjà choisi leur camp...)
P.S. : le morceau étant trop long, je n'ai pas pu l'uploader. J'ai donc cherché une version complète satisfaisante sur YouTube, Dailymotion et Vimeo. Sans succès. Vous vous contenterez donc de celle postée ci-dessus avant de vous jeter sur le disque dès que l'occasion se présentera, puisque je sens que vous êtes déjà conquis...

La semaine prochaine : Michel Sardou.