• Blaise's Track #04 - Ashes

     

     

    Christian Death: Ashes (1985)

     

    Blaise's track #04 - Ashes

     

     

     

       Cette chronique aurait sans nul doute pu s' appeller: Mes années 80 à moi  avec en sous-titre « Ou: Lettre ouverte à Charlie Brown en réponse à son billet intitulé "Charlie's Track #06 - Smalltown Boy" du 5 Oct. 2011 placé dans la rubrique « Shit in your ears«  (et encore heureux !) »

       Mon cher Charlie, la première chose que j' ai à te dire, c' est que, années 80 ou pas, c' est pas très joli-joli d' avoir de la haine pour quoi que ce soit d' autre que pour la haine elle-même. Non, pas beau du tout ! Alors qu' il est si bon et si doux d' aimer ! Moi, depuis que j' aime aimer et que je hais haïr, ma vie est un enchantement permanent. Voilà, c' est dit, vas en paix maintenant.

       Moi aussi, je fus un ado qui grandit dans un trou paumé à une époque où pour entendre autre chose que ce que nous proposaient la radio et la télé, fallait drôlement se sortir les doigts du cul. Un grand frère de quatre ans plus âgé que moi me fut d' une grande utilité, c' est vrai. Quand il s' est mis à bosser l' été pour se faire des ronds et pouvoir s'acheter de temps en temps des disques le reste de l' année, ça a été pour moi très riche de découvertes. Car c' était pas avec les 20 balles mensuelles d' argent de poche que m' octroyaient mes parents pour de menus services ou tâches ménagères rendus au sein du foyer (débarrasser la table, sortir les poubelles, vider le lave-vaisselle, tondre la pelouse, lustrer la Porche familiale, épousseter les Renoir et les Rodin du grand salon de réception, bouchonner les chevaux du harat, passer la coque du voilier à l‘ antirouille, surtout sous la ligne de flottaison bien sûr. Très important et très délicat ! Un été, au large des Açores, on a eu quelques avaries à cause de ça. Faut voir comment Père m‘ a houspiller !) que je pouvais me goinfrer de musique de manière autonome.

       Mais la télé et la radio, même avec l' émergence des radios dites libres (je me gausse !), j' ai assez vite compris que ça pisserait jamais bien loin et que le bonheur était au-delà. Quelques acolytes bien cons, artistiquement et culturellement sous-développés de mon bahut (aujourd'hui, charitablement, je me dis que la musique, c' était tout simplement pas leur truc.) me servaient également de parfaits exemples à ne pas suivre et il était donc pour moi assez aisé de ne pas me fourvoyer dans des ramifications musicales qui, en plus de me faire perdre du temps, ne me mèneraient nul part. Et somme toute l’ enseignement que je pus tirer de tout cela peut être grosso-modo (car il y a tout de même des contre-exemples !) dit comme ceci: « Si tu veux des chansons qui cassent pas trois pattes à un canard avec des synthé nunuches et des boîtes à rythmes chiantes, écoute la radio. Si t’ en veux pas, écoute des disques ! » Ce qui met un peu à bas les stéréotypes sur les 80’s toujours en vigueur de nos jours. Rien de plus énervant que d’ entendre partout et toujours que les 80’s, sont régressives car c’ est les années Top 50 avec seulement de la popinette mièvre à deux balles sur du matos en plastique de chez Bontempi. C’est vrai quoi, à la fin, non mais sans blague ! Y a pas que ça et de très bonnes choses ont été faites à base de synthé. Même si c’ est pas trop ma came, je suis près à le reconnaitre. Y a des trucs de qualité (Et là, je suis pas en train de parler de "Mama"  de Genesis. Si les 9/10eme des groupes où chanteurs des 70’s ont complètement foiré le tournant des années 80, c’ est pas tellement la faute aux nouveaux arrivants, hein !) Juste c’ est pas vraiment de mon goût. Car personnellement, que ce soit la Pop sirupeuse et chatoyante ou l’ Electro-Indus-Dark-je-sais-pas-trop-quoi à la Front 242 ou Laibach, c’est pas trop mon truc. A part Trisomie 21, allez savoir pourquoi !

       Et donc, où cela m‘ a-t‘ il mené ? Y a eu pleins de groupes que j’ ai adoré mais surtout un qui fut pour moi déclencheur de ce que seraient les prochaines années de mon paysage musical. Nan, c’ est pas Duran-Duran… Nan nan, c’ est pas non plus Alphaville… pas plus que c’ est Bronski Beat ou A-ha, Vous être froid, là, cherchez encore… Modern Talking ? Ouh, c’ est glacial !!! Spandau Ballet ? Laissez-moi rire ! Propaganda ? Pfff… même pas sûr que j’ en connaisse une seule note ! Tears for Fears ? C’ était pour les gonzesses ça, non ? … Allez, vous trouverez pas et ça vous dira peut-être pas grand-chose (mais c’ est la raison d’ être de ce billet !) donc je vous le lâche: Christian Death.

       Je connaissais déjà ce groupe par un album, le très bon « Catastrophe Ballet » que j’ adorais et qui passait en boucle dans mon magnétophone à K7 (j’ ai eu un ghetto blaster que plus tard) mais le jour où j’ ai entendu les première minutes d’ « Ashes », premier titre de l‘ album du même nom, houlala… je senti bien que j’ avais mis l’ oreille dans quelque chose totalement pour moi et j’ ai tout de suite trouvé ça magistrale ! Ca démarre bien gentiment au piano, très calme… et en crescendo ça t’ entraine en sept minutes - pas courant ça à l’ époque ! - jusqu’ au chaos final, toutes cymbales dehors, fûts martelés, guitares maltraitées, basse lourde, cris que même Aretha Franklin n’ aurait jamais osé pousser, petites percu discrètes, congas je crois, mais bien sympa. (Plus tard, en découvrant « Weld » de Neil Young et ses interminables finals du même métal, j’ ai tout de suite repensé à ce « Ashes ». Charlie, je dis pas ça pour te forcer à écouter le morceau jusqu’ au bout, hein !…)

       Un autre très bon album, « Atrocities », qui est même peut-être encore meilleur, je dois l’ avouer (mais bon moi, toute mon affection est pour « Ashes »), sortira un an plus tard en 86 mais sans Rozz Williams le chanteur et fondateur, parti pour d’ autres aventures encore plus extrêmes. Puis il restera à sortir « The Scripture » en 87 (’tain je l‘ ai attendu celui-là !), encore un très bon, avant que ça tourne à la caricature d’ eux-même. Le guitariste multi-instrumentiste Valor ayant déjà depuis longtemps les pleins pouvoirs mènera le groupe, c’ est à dire lui-même puisque les autres membres sont plus ou moins à géométrie variable comme on dit, vers un espèce de métal goth pas toujours très inspiré et encore moins de bon goût. J’ ajoute qu’ « Ashes » est le troisième et dernier album où Rozz Williams apparait. Le premier « Only Theatre of Pain » est bien mais sa voix est un peu trop théâtrale et larmoyante. Elle est beaucoup mieux à partir de « Catastrophe Ballet », le deuxième. Et en plus de ça, il était plutôt joli garçon !

      

    Blaise's track #04 - Ashes

    Rozz Williams (1963 - 1998)

      

       Donc je venais de passer un cap. J’ étais déjà passé par Cure, Siouxies, U2, Talk Talk, et même dans une certaine mesure Depeche Mode (mais que j’ ai plutôt toujours trouvé bof bof !), me restait à découvrir Sisters of Mercy, Bauhaus, Virgin Prunes, Alien Sex Fiend, Einstürzende Neubauten… toute une pléiade de groupes post-punk, donc moins portés sur les synthé que sur la théâtralité (comme chez Virgin Prunes… des malades ceux-là, surtout à leur début !) et un certain esthétisme noir et froid hérité aussi bien du cinéma Expressionniste que de Gustave Doré, de Lautréamont ou d’ Edward Burne-Jones, de Kafka ou d’ Egon Schiele, d’ Edgar Poe ou des films de la Hammer, Kurt Weill et du « Cabaret » Allemand, peut-être un peu aussi pour certains, la Secession Viennoise, Gustav Mahler, Hugo Wolf… Rien que cela ! ( merde, qu’ est-ce que ça en jette cette liste de noms !)

     

        Un autre extrait du même album. L‘ intro est du même genre qu’ « Ashes » le reste est plus calme, plus mélodique et sage, quasiment un slow même. (D’ ailleurs en y repensant bien, si j’ avais été plus dégourdi à l‘ époque, sûr que j’ aurai pu en emballer certaines que j’ ai connu, grace à ce morceau. La petite Sonia par exemple, pas si petite que ça d' ailleurs, elle était plutôt fine et élancée mais pour moi elle restera la petite Sonia à tout jamais. Très gentille, blonde jusqu’ en bas des reins, des yeux très doux qui souriait timidement. Je crois qu’ elle m’ aimait bien en plus. Ah, aveugle que j’ étais !… Ca m’ aurait très certainement évité d’ être déniaisé qu’ à 28 ans et ça m’ aurait permis de démarrer dans la vie plus armé, avec plus d’ assurance et de confiance en moi… Oui bon et alors quoi ? C’ est ma vie, bordel et je vous emmerde ! Laissez-moi vivre et occupez-vous de votre cul à vous ! Pourquoi vous me parlez de ça d’ abord ?… C’ est comme pour le pipi au lit, lâchez-moi avec ça, qu‘ est que ça peut vous foutre ! Fichez-moi la paix, putain !)


    Christian Death: The Luxury of Tears (1885)

     

     

      

      

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  • Commentaires

    1
    Anonyme
    Lundi 17 Octobre 2011 à 19:25

    Encore une magnifique chronique de l' ami Blaise. Bravo, vraiment !

    2
    commentateur masqué
    Lundi 17 Octobre 2011 à 19:26

    J' adore les extraits musicaux proposés. Une sacrée découverte pour moi. Merci à toi Blaise

    3
    Renaud S.
    Lundi 17 Octobre 2011 à 19:28

    Quelle talent ce Blaise. Il devrai écrire des chansons !

    4
    La Cougar
    Lundi 17 Octobre 2011 à 19:31

    Quelle belle plume ! J' en salive !!! Et sinon, quand reviendras-tu me voir mon grand fou chéri ? Je suis impatiente de te revoir !

    5
    Inconnu de passage
    Lundi 17 Octobre 2011 à 19:32

    Je suis écroulé de rire !!! Vivement la prochaine !

    6
    Blaise P. Profil de Blaise P.
    Lundi 17 Octobre 2011 à 19:33

    Merci à vous tous, ça fait chaud au coeur !

    7
    Eddy Cordy
    Lundi 17 Octobre 2011 à 21:00

    Putain j'allais justement dire que c'était mort par ici. Et v'là le Blaise qui nous pète un fusible.
    Il est passé où le Peps? Et Charlie, il va parler musique un jour? Y a quelqu'un d'autre? Des commentaires? Pour ma part pas de commentaire sur ce sujet, faut quand même pas déconner.
    Je me remets doucement de mon festival à Athens et je vous en parle très bientôt.

    8
    Blaise P. Profil de Blaise P.
    Lundi 17 Octobre 2011 à 21:25

    Bon courage pour ta prochaine chronique Eddy. Je te souhaite d' avoir des commentaires aussi élogieux que les miens !

    9
    Eddy Cordy
    Lundi 17 Octobre 2011 à 23:32

    Héhé. Ce blog est vraiment mal tenu.

    10
    Charlie Brown Profil de Charlie Brown
    Mardi 18 Octobre 2011 à 21:38

    Merci mon bon Blaise. Je vais pouvoir aller en paix maintenant. Je ne haïrais désormais plus que la haine... et les années 80.

    Bon, déjà, moi, je suis l'aîné. J'avais pas de frère qui défrichait pour moi. Et les années 80, dont je ne sauve a posteriori que Kate Bush surtout, et The Smiths, un peu (mais j'en parlerai sans doute plus tard, au moins en ce qui concerne Kate Bush), c'est quand même globalement de la merde, pas de doute là-dessus. Qu'il y ait eu de la création, voire, parfois, du génie, j'en suis persuadé. Mais bon, ça baigne en général dans une couleur sonore qui me rebute tellement, à des années-lumière des sons 60's, à mille lieues des sons 70's, à des kilomètres des sons 90's et des années 2000. Une froideur, une rigidité, une morbidité, qui parvenaient même à contaminer la pop la plus joyeuse, le groove le plus danssant, le rock le plus brûlant, anihilant ainsi tout le bénéfice du génie potentiel à mes oreilles.

    Les Christian Death que tu as posté, je trouve ça honnête. Vraiment. Ça s'écoute plutôt bien. Mais bon, c'est comme The Cure, ça me fait pas grimper aux rideaux non plus. Toujours cette couleur sonore qui me refroidit presque complètement. Non, vraiment, les années 80, musicalement, faut avoir le courage (le bon goût ?) de tirer un trait dessus. C'est un accident de l'histoire musicale, une parenthèse désenchantée, un monstre à abattre. Quand les Stone Roses d'abord (ça aussi je vous en causerai un jour), Nirvana ensuite, ont fini par avoir la peau des années 80, ce fut un tel soulagement que j'ai eu l'impression de renaître, d'avoir attrapé une capsule d'oxygène dans un monde en putréfaction, d'apercevoir une parcelle de paradis futur dans un enfer quotidien.

    (P.S. : Ah et sinon je ne déteste par Tears for Fears, que tu mentionnes. Mais ça doit être parce que c'est pour les gonzesses, effectivement... Pour le reste, je me joins au concert de louanges des anonymes masqués de passage et au cougar Renaud S. : je me suis régalé. Merci.)

    11
    Eddy Cordy
    Mardi 18 Octobre 2011 à 22:34

    Ah ben tu devrais nous en causer maintenant, vu que les Stone Roses viennent juste de se reformer.

    12
    Blaise P
    Vendredi 21 Octobre 2011 à 10:09

    C' est dingue le nombre d' anciens groupes qui sont maintenant dans la dèche !!!

    Mon Charlie, si j' ai bien tout compris, c' est plus par goût personnel que tu souhaites voir les années 80 rayées de la carte, tout en admettant qu' il puisse y avoir du talent, du génie etc... M' enfin comme je l' ai dis, c' était pas nouveau non plus ce goût prononcé pour la tritesse, la froideur ou la morbidité. Y a rien de plus qu' une continuité dans un courant esthétique qui remonte depuis... je sais pas moi, Shakespeare peut-être ?... ou depuis toujours sans doute ?

    Je croyais que c' était plutôt Pulp le groupe "Brit Pop" qui a sorti la musique de ce cloac qu' étaient les 80's. Mais là, j' y connais que dalle. C' est vers la fin des années 80 que j' ai commencé à remonter le temps et j' ai pas bien suivi la suite. Stone Roses, je connais pas. Nirvana, là oui c' est certain. Tout le monde l' a ressenti, je pense. Mais ça m' a pas intéressé plus que ça, à l' époque.

    (PS: Pour Tears for Fears, je crois que j' aurais détester aimer.)

    13
    Lundi 7 Novembre 2011 à 17:20

    Putain je vous laisse les clés du merdier, et vous n'êtes même pas capables de foutre un tant soit peu le souk ???

    Je suis très très déçu.

     

    Heureusement que les années 80 de Blaise sont coolos, tiens.

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